« Le récit unit toutes les formes de sciences » a affirmé Henry Lickers, commissaire canadien de la CMI, dans son discours-programme prononcé lors d’une des séances plénières de la conférence virtuelle de l’International Association of Great Lakes Research (IAGLR).
Dans son exposé du 18 mai intitulé « Bridging Knowledges » (la passerelle entre les savoirs), M. Lickers a expliqué que la science occidentale et le savoir écologique traditionnel, ou SET, reposent tous deux sur des méthodes scientifiques telles que l’observation, l’expérimentation et la validation.
L’approche occidentale consiste à stocker des données dans des bases de données et à transmettre les récits scientifiques par le biais de revues scientifiques. M. Lickers soutient que le SET consiste à stocker les résultats « dans nos têtes » et à les transmettre oralement. L’essentiel est que les connaissances scientifiques soient communiquées et traduites en politiques et en mesures.
Henry Lickers est membre de la nation Seneca, clan de la tortue; il est scientifique et a été agent en sciences de l’environnement pour le Conseil des Mohawks d’Akwesasne, autant de dimensions de son vécu dont il a enrichi son exposé. Il a été nommé à la CMI en 2019.
Le savoir écologique traditionnel découle du fait de vivre de la terre toute une vie, voire des générations durant. Le mythe veut que le SET soit exclusif aux communautés autochtones. Pourtant un agriculteur français sait tout aussi bien ce dont ses cultures ont besoin et quand il est temps pour lui d’ensemencer, ce qui est un autre exemple de SET.
« Si vous vivez de la terre et en prenez soin, au fil du temps, vous apprenez à la connaître », estime M Lickers. « Tout le monde possède un savoir traditionnel d’un lieu ou d’une pratique. »
Au fil du temps, en passant d’une communauté à l’autre, le SET est enrichi, partagé, peaufiné et actualisé. De cette façon, affirme M. Lickers, les choses se déroulent un peu comme avec la science occidentale, bien qu’il y ait des différences dans la façon de communiquer et de retenir les faits scientifiques. Le plus souvent, ceux‑ci sont transmis oralement sous forme de récits qui, dans les décennies précédentes, ont souvent été rejetés par les scientifiques occidentaux. Mais cela est en train de changer, fait remarquer M. Lickers, car la science occidentale a comblé le décalage et validé les récits traditionnels qui circulent depuis des millénaires.
Un autre mythe veut que le SET soit entièrement anecdotique, « mais la science moderne elle-même n’est qu’un récit », soutient M. Lickers. « Le SET est objectif parce qu’il ne peut en être autrement, mais il a aussi un côté mystique qui reflète les différents outils dont nous disposons pour travailler avec le monde spirituel et pour en améliorer notre compréhension. »
Malgré nos différences de culture et de vision du monde, M. Lickers trouve de nombreux points communs entre nos deux façons d’appréhender le monde, selon un processus complémentaire qu’il appelle la vision binoculaire.
L’essentiel repose dans les enseignements que nous tirons de nos découvertes, raison pour laquelle le récit revêt une telle importance dans toutes les sciences. C’est par les échanges autour du récit scientifique que nous parvenons à intégrer le savoir dans nos décisions et dans nos actions. Pour Henry Lickers, on ne saurait trop insister sur la valeur de la communication.
Dans la dernière partie de sa présentation, Henry Lickers, a parlé des trois facteurs nécessaires pour transmettre le savoir « naturalisé » et pour le transformer en actions. Ce qu’il appelle « l’empressement à transiger » est fondé sur la Grande Voie vers la Paix que prêchent les Haudenosaunee. Cette manière de voir exige un équilibre entre le respect, l’équité et l’autonomisation.
Plus les espaces décisionnels s’intéressent aux concepts de vision binoculaire et d’intégration du SET, et plus l’empressement à transiger « devient un moyen de bâtir des relations », ajoute le conférencier.
« En faisant preuve de respect, on fait preuve d’équité et l’on montre qu’on est prêt à donner à sa collectivité les moyens d’en faire encore plus. »
Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C.
Allison Voglesong Zejnati is public affairs specialist at the IJC’s Great Lakes Regional Office in Windsor, Ontario.